Le Qatargate porte mal son nom. Car derrière ce scandale de corruption et d’ingérence, on ne retrouve pas uniquement l’ombre de Doha mais aussi celle de la Mauritanie et celle du Maroc
Pauline Hofmann en Le Soir, el 15 de junio de 2024
Le Qatargate porte mal son nom. Car derrière ce scandale de corruption et d’ingérence, on ne retrouve pas uniquement l’ombre de Doha mais aussi celle de la Mauritanie et celle du Maroc.
Or, plus d’un an et demi après les premières perquisitions, on apprend aujourd’hui que, si jugement il y a un jour pour les deux principaux suspects marocains (un diplomate et un membre de la DGED, les services de renseignements), il viendra… de la justice marocaine. La justice belge lui passe le relais.
Alors oui, on pourra se voir rétorquer qu’il faut se garder des procès d’intention. Mais le Maroc n’est-il pas, au minimum, juge et partie ? Comment décemment croire que dans un pays au caractère démocratique pour le moins discutable, des proches du pouvoir se feront juger pour des méfaits potentiellement commandés dans les cercles du sommet de l’Etat ?
Politiquement, les réponses aux ingérences marocaines sont aussi indigentes. Passée l’indignation des premiers jours, où en est-on ? Quel message fort a été envoyé au Maroc, mais aussi au Qatar ou encore à la Mauritanie ? Pour maintenir des relations essentielles avec des Etats cruciaux mais accusés de corruption, le discours politique est : « La justice est indépendante. » Mais laquelle ?
Le Parlement avait annoncé, dans la foulée des révélations du Soir, une série de réformes internes, pour mieux se prémunir contre les risques d’ingérence… Deux ans plus tard, la montagne a accouché d’une souris. Et en Belgique, on s’est empressé de signer des accords judiciaires et migratoires avec le Maroc une fois le soufflé retombé.
Or, comment croire que l’impunité ne mène pas à davantage de méfaits?
En 2015 déjà, les ONG dénonçaient un accord judiciaire entre la France et le Maroc alors qu’Abdellatif Hammouchi, le dirigeant du contre-espionnage marocain, était dans le viseur des juges français. Cinq ans plus tard, on retrouvait Hammouchi dans le scandale Pegasus.
Rabat était soupçonné d’être l’un des plus gros utilisateurs de ce logiciel espion.
En Belgique, mais aussi en France ou encore en Espagne, les téléphones de journalistes, militants des droits humains, mais aussi de responsables politiques (parfois jusqu’à des chefs d’Etats ou de gouvernements) ont été infectés. Et tout pointait vers le Maroc (qui a toujours nié). Résultat : quelques bouderies passagères.
Quel message envoie-t-on aux Etats qui tenteraient de s’ingérer dans les affaires des institutions européennes (ou belges) ? Que tout est permis ? Si les responsables belges s’en défendent, c’est en tout cas comme cela que cette décision pourrait être interprétée.
