Partout en Europe, candidats populistes et nationalistes surfent sur la rancœur des défavorisés et l’inquiétude culturelle née de l’échec de l’intégration.
Par Philippe Gélie, publicado en Le Figaro, el 25 de diciembre de 2023
La victoire de Giorgia Meloni en Italie et celle de Geert Wilders aux Pays-Bas, les violentes émeutes en Irlande fin novembre, la guerre des gangs qui ensanglante la Suède, l’irruption de l’AfD comme deuxième force politique en Allemagne, le FPÖ favori des prochaines élections en Autriche, à l’instar du Rassemblement national en France… Tous ces phénomènes ont un facteur d’explication en commun: une immigration incontrôlée, dans son volume comme dans ses conséquences. Combinée à l’inflation galopante et à une crise généralisée du logement, elle constitue une bombe politique en Europe.
Voilà des lustres que les électeurs demandent à la classe politique «traditionnelle» de s’attaquer au problème. Les citoyens ne sont pas nécessairement contre l’idée d’accueillir temporairement 4,2 millions d’Ukrainiens fuyant la guerre, ni même quelques dizaines de milliers d’Afghanes opprimées par les talibans. Ils s’insurgent contre l’incapacité des autorités à contrôler et à réguler le phénomène, à choisir qui entre dans nos pays et à quelles conditions, à s’assurer du respect des valeurs démocratiques et à mettre en œuvre les décisions d’expulsion lorsqu’elles sont prises.
Cette impuissance, produit de décennies d’indifférence, a fini par engendrer un sentiment de dépossession – économique, sociale et culturelle – que les détenteurs du pouvoir ne savent comment canaliser. Leur réveil tardif les pousse à durcir le traitement des migrants, en érigeant des murs aux frontières, en externalisant l’instruction des demandes d’asile ou en restreignant les avantages sociaux, avec l’espoir quelque peu chimérique de réduire notre pouvoir d’attraction. L’Europe tente de montrer les muscles sans renier ses dogmes humanitaires.
Mais il y a péril en la demeure. Le phénomène migratoire est devenu le moteur d’une poussée générale des forces de réaction en Europe. Candidats populistes et nationalistes surfent sur la rancœur des défavorisés et l’inquiétude culturelle née de l’échec de l’intégration. Peu importe qu’ils s’affranchissent des lois de l’économie et menacent le fragile édifice européen. Du moment qu’ils promettent de décourager les migrants et d’expulser les illégaux, un boulevard leur est ouvert. Même si l’expérience Meloni montre qu’il y a parfois loin des paroles aux actes.
