CONTRE-POINT – Depuis l’attaque du Hamas, la France, pour beaucoup, a semblé unilatéralement proisraélienne.
Par Guillaume Tabard, publicado en Le Figaro, el 24 de octubre de 2023
Élisabeth Borne à l’Assemblée ce lundi, Emmanuel Macron en Israël ce mardi: l’exécutif a tenu à clarifier la position de la France, deux semaines après l’attaque du Hamas. À la clarifier, pas à la corriger. Si les autorités françaises ont d’emblée non seulement exprimé leur soutien à Israël, attaqué par le terrorisme, mais aussi reconnu à ce pays le droit de se défendre, jamais elles n’ont nié ni oublié le droit des Palestiniens à voir leurs droits également défendus ni la nécessité de respecter le droit international, y compris dans la riposte armée. Mais, c’est un fait, la perception de cette position est décalée par rapport à sa réalité. La France, pour beaucoup, a semblé unilatéralement proisraélienne.
Cette image faussée a plusieurs causes. Il y eut le refus initial de voter une résolution russe à l’ONU, laquelle, il est vrai, ne dénonçait pas le terrorisme du Hamas. Il y eut ensuite l’interdiction des premières manifestations propalestiniennes. Cette décision était justifiée au regard des risques réels de débordements violents. Qu’aurait-on dit en cas de drame? Mais ce souci d’ordre public a pu être compris comme le choix d’un camp. Enfin, Macron se voulant un Européen assumé, il a pu pâtir du déplacement en Israël, hâtif et mal calibré, de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Les coups de boutoir des Insoumis
Mais le sentiment de déséquilibre est avant tout le fruit des coups de boutoir des Insoumis. Voulant faire apparaître leur non-condamnation spécifique des horreurs du Hamas pour un même rejet des «actes de guerre» des deux «parties», il fallait faire apparaître la position des autres comme étant unilatéralement et intégralement alignée sur celle du «gouvernement d’extrême droite» de Benyamin Netanyahou. On l’a vu avec le tweet infamant de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Yaël Braun-Pivet opposant «la France», celle des manifestants propalestiniens, à la présidente de l’Assemblée, accusée d’«encourager le massacre» redouté à Gaza.
L’espoir de Macron, par ce déplacement, est d’être « utile ». En obtenant du gouvernement de Netanyahou un minimum de prudence dans sa riposte
Mathilde Panot s’est posée en unique gardienne de «la position historique de la France», convoquant le souvenir de Jacques Chirac. Mais, si celui-ci s’était opposé à la guerre en Irak de George Bush, il fut aussi le premier chef de l’État à se rendre à New York après l’attaque du 11 Septembre.
À la tribune de l’Assemblée, Élisabeth Borne a comme anticipé le message que doit tenir sur place Emmanuel Macron, à savoir, ne pas assimiler tous les Palestiniens ni tous les habitants de Gaza au seul Hamas. Histoire de bien rappeler que le combat, légitime, contre une organisation terroriste, ne pouvait pas signifier le renoncement à une solution juste et équilibrée pour tous. D’ailleurs, le discours du MoDem Jean-Louis Bourlanges a prouvé que l’on pouvait être sans ambiguïté dans la dénonciation du Hamas tout en mettant en garde Israël sur le «risque d’une escalade incontrôlée». L’espoir de Macron, par ce déplacement, est d’être «utile». En obtenant du gouvernement Netanyahou un minimum de prudence dans sa riposte. Mais plus encore que la question de l’équilibre de la voix de la France, c’est celle de sa portée qui est posée.
