Deuxième force politique derrière la gauche, la majorité sortante appelle à une grande coalition pour débloquer une Assemblée sans majorité. Reste que les cadres macronistes sont eux-mêmes divisés sur la stratégie à mener
Por Richard Godin, publicado el 9 de julio de 2024 en Le Nouvel Obs
« Nous avons tenu et nous sommes debout. » La majorité sortante a beau avoir perdu plus de 80 sièges, Gabriel Attal ne s’est pas montré modeste dimanche soir, lors de son allocution après les premiers résultats des législatives. Et pour cause. Alors que les sondages leur prédisaient une claque sans précédent, la macronie a réussi à faire élire plus de 150 députés, devenant le deuxième bloc derrière la gauche à l’Assemblée nationale.
Mais que faire de ces résultats dans un hémicycle sans majorité absolue ? Le bloc central rêve de fédérer une coalition majoritaire autour de lui. Exactement ce qu’Emmanuel Macron n’a jamais réussi à faire depuis 2022. Aujourd’hui, qui voudrait s’allier à eux ? La gauche souhaite gouverner et se dit prête à une coalition uniquement « sur la base du programme du Nouveau front populaire ». Une partie des Républicains (LR), dont les troupes sont insuffisantes pour atteindre la majorité absolue, assure vouloir rester indépendante.
Alors que certains macronistes – Emmanuel Macron en tête – mise sur un éclatement du NFP qui permettrait aux forces de gauche hors-LFI de se rallier à eux, la majorité présidentielle avance divisée. Entre stratégies divergentes et ambitions dévorantes des uns et des autres, l’ancienne majorité ne parvient pas à mettre d’accord. Ce qui reste de macronie, où la tentation d’un retour au clivage gauche droite existe, ira-t-il jusqu’à l’éclatement ?
L’« aile droite » de la macronie s’active…
Pour Gérald Darmanin, « il est hors de question de soutenir une coalition qui aurait un lien quelconque avec LFI ». Le ministre de l’Intérieur, réélu député dans le Nord, souhaite au contraire défendre une ligne d’ouverture vers la droite. Un temps pressenti pour prendre la tête du groupe Horizons – le parti d’Edouard Philippe -, l’ex-maire de Tourcoing s’est finalement rattaché lundi à celui de Renaissance. Son idée : convaincre de l’intérieur de la nécessité de s’allier aux LR. Dès lundi midi, Gérald Darmanin a lancé ses manœuvres en réunissant une trentaine de députés proches de lui. Briguera-t-il la tête du groupe Renaissance ? Une tentation qui est loin d’être facile.
Mais réussira-t-il son pari de siphonner une partie de LR ? Lors du vote de sa loi immigration, l’ambitieux Darmanin avait échoué à obtenir le soutien de son ancienne famille politique. Depuis, les choses ont changé et, à droite, l’opposition est encore forte. Laurent Wauquiez, pressenti pour diriger le nouveau groupe LR, a d’ores et déjà refusé toute « coalition » ou « compromission ». Qu’importe : selon les comptes tenus par les « darmanistes », si la majorité parvient à s’allier avec les députés divers droite (hors Wauquiez), ce serait, assurent-ils, suffisant pour passer devant le NFP et avoir la légitimité de revendiquer Matignon.
Gérald Darmanin n’est pas seul sur cette ligne : il peut aussi compter sur les autres ex-LR passés chez Macron. Notamment les ministres Bruno Le Maire (Economie), Catherine Vautrin (Travail et Santé), Sébastien Lecornu (Armées) ou Aurore Bergé (Egalité femme-homme). Auprès d’Emmanuel Macron, plusieurs figures de cette « aile droite » de la majorité ont demandé de nommer rapidement un nouveau Premier ministre issue de l’alliance avec la droite. Il s’agit de ne pas se faire doubler par le NFP… ni par les autres calculs politiques de son camp.
Car un autre a décidé de prendre le large à droite : Edouard Philippe, prétendant pour 2027. Dès le 7 juillet et l’annonce des résultats, le maire du Havre a lancé un appel aux « forces politiques centrales » et s’est déclaré « à la disposition de ceux qui veulent dès ce soir participer à la reconstruction d’un espoir ». Mais avec une vingtaine de députés, le groupe de son parti Horizons reste le moins nombreux de la majorité sortante. Pourra-t-il alors former une « nouvelle majorité » comme il l’a appelé de ses vœux ? Une bonne nouvelle pour l’ancien Premier ministre : réélu député, Aurélien Pradié a estimé ce mardi qu’« il n’y aura plus de groupe LR » à l’Assemblée, appelant à « sortir des vieux carcans ». Ces deux-là finiront-ils par trouver un terrain d’entente ?
… l’« aile gauche » aussi
Les nombreuses offensives droitières ont eu le don de réveiller une force qui prête souvent à sourire en macronie : son « aile gauche ». Lundi, le député Renaissance Sacha Houlié, réélu dans la Vienne, a réuni une vingtaine de députés macronistes en visioconférence. L’ex-président de la commission des Lois, qui s’était montré défavorable à la loi immigration, a appelé à constituer un groupe « social-démocrate », considérant, selon Franceinfo, que « ce serait suicidaire de continuer comme avant, de se laisser diriger par des Parisiens hors-sol qui gouvernent aux sondages, de se vendre pour une commission, présidence ou vice-présidence de l’Assemblée ».
Des députés de Liot et de Territoires de Progrès, le micro parti de l’aile gauche de la Macronie, pourraient se joindre à l’initiative. Pour l’instant, il n’est pas question de se rallier au NFP, mais plutôt de créer un groupe-passerelle entre les forces de gauche modéré et la macronie. Mais si la manœuvre échoue, les troupes réunies pourraient décider de former un groupe indépendant du camp présidentiel.
Attal veut faire perdurer le « en même temps »
Face aux risques de sécession à gauche et à droite, synonyme de fin du macronisme, certains veulent encore croire au « dépassement ». Compagnons d’Emmanuel Macron depuis les débuts, Richard Ferrand et Julien Denormandie multiplient les contacts à gauche pour évaluer les différentes possibilités. François Bayrou s’est plusieurs fois déclaré favorable à une alliance qui va de « la gauche hors LFI à la droite hors RN ». Lundi, le président du MoDem s’est même dit prêt « à réfléchir » à des « améliorations » sur la réforme des retraites. Un geste vers la gauche ?
Pour conduire ce couloir central, dans la droite ligne du « en même temps », Gabriel Attal est le principal prétendant – y compris pour 2027. Lundi, il s’est entretenu à Matignon notamment avec Yaël Braun-Pivet, ex-présidente de l’Assemblée. Il a en outre invité l’ensemble des députés Renaissance ce mardi soir à Matignon. Le Premier ministre, qui pourrait aussi briguer la présidence du groupe Renaissance, se veut le défenseur d’une ligne plus modérée que Gérald Darmanin. « Gabriel veut conserver une position en surplomb et préfère parler apaisement, unité, cohésion », rapporte au « Nouvel Obs » l’un de ses conseillers.
Il s’agit aussi de traiter la gauche comme la droite, dans le prolongement du barrage républicain face au RN. Lors des législatives, près de la moitié des députés de la majorité présidentielle ont été élus grâce au désistement d’un autre candidat. Une situation qui oblige les différents groupes à « sortir des affrontements puérils pour travailler ensemble », a estimé François Bayrou. Pour autant, pas question de soutenir le NFP au pouvoir. « Il nous revient de pouvoir construire une alliance avec les partis de l’arc républicain », a estimé Sylvain Maillard, ex-chef des députés Renaissance. Mais preuve de la crainte d’un éclatement de la majorité présidentielle, ce dernier a envoyé dès lundi le dossier de rattachement au groupe Renaissance, selon « l’Opinion ». L’ambiance est loin d’être à la confiance.
