Le chercheur Bruno Cautrès revient sur la situation et évoque les scénarios possibles
Publicado en Le Nouvelle Obs, el 8 de julio de 2024
Les résultats du second tour des élections législatives ont créé la surprise. Le Nouveau Front Populaire est arrivé en tête, suivi de la coalition présidentielle et du Rassemblement national et ses alliés, en troisième position. Le chercheur Bruno Cautrès revient sur la situation et évoque les scénarios possibles.
185 sièges pour la gauche unie, 165 pour le parti présidentiel Renaissance et ses alliés du MoDem et d’Horizons, et 142 sièges pour le Rassemblement national et ses alliés. Sept jours après le premier tour des élections législatives où le parti à la flamme avait remporté 33,15 % des suffrages, plus de 43,3 millions de Français se sont rendus aux urnes ce dimanche 7 juillet pour le second tour des élections législatives. Et, contrairement à ce qui était annoncé, l’extrême droite ne rafle pas la mise. Si le Nouveau Front populaire arrive en tête, aucun groupe n’obtient de majorité absolue.
Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au centre de recherches politiques de Sciences-Po, revient sur les résultats et sur le champ des possibles qui s’ouvre en France.
Les résultats de ce second tour des élections législatives déjouent tous les sondages. Le Nouveau Front Populaire est en tête, la coalition présidentielle Ensemble est deuxième et le Rassemblement national et ses alliés n’arrivent qu’en troisième position. Quelle est votre analyse sur ce dénouement inattendu ?
L’entre deux tours a tout changé. D’abord, par les désistements. On est passé de 306 triangulaires à moins de 95. Dans un mécanisme de choix comme une élection, trois candidats ou deux, ça change absolument tout, les spécialistes de la décision l’ont toujours bien montré. Et, si le premier tour avait permis, même avec une campagne courte, de faire apparaître des éléments programmatiques très importants et très contrastés dans les trois grands groupes, avant le deuxième tour, il n’y a quasiment pas eu de campagne sur des questions d’enjeux et de politiques publiques. L’essentiel de la campagne s’est fait sur la question de la gouvernance. Est-ce que la France va se retrouver avec un Parlement ingouvernable ? Y aura-t-il un gouvernement ? Qui sera Premier ministre ? Et donc il n’est pas impossible que cette question ait joué contre le Rassemblement national. A la fois parce qu’il n’a jamais gouverné le pays, et parce que la campagne d’entre deux tours a fait apparaître des soucis sur certains de ses candidats. On sait qu’aujourd’hui une partie non négligeable des électeurs se décide en toute fin de campagne.
Il semblerait que le « front républicain » ait fonctionné ?
Oui il a fonctionné malgré tout ce qu’on entendait. Il n’est pas mort.
Reste qu’aucun groupe n’a la majorité absolue. Quelles recompositions peuvent avoir lieu à l’Assemblée nationale ?
Dans un premier temps, de nombreuses pressions vont s’exercer sur les différents blocs. Sur le nouveau Front populaire d’abord, qui, pour le moment, se montre plutôt uni et dit que s’il gouverne c’est pour appliquer son programme. Mais il y aura sûrement des désaccords, entre ceux qui disent qu’il faut appliquer le programme et ceux qui voudront composer avec d’autres forces politiques. Il y aura également des pressions sur la coalition présidentielle. Edouard Philippe et Gabriel Attal n’ont pas exactement le même discours ce soir. Le premier dit qu’il faut regarder la réalité en face et ne pas se tourner vers les extrêmes pour gouverner. Ce ne sont pas les mots du Premier ministre. Quant aux Républicains, ils ne s’en tirent pas si mal puisqu’ils retrouvent à peu près le même nombre de sièges, une soixantaine, qu’ils avaient avant la dissolution. Mais il y a vraiment une question de fond pour eux. Vont-ils maintenir leur ligne ou vont-ils décider de monter à bord du Rassemblement national ? La situation s’éclaircira dans les jours qui viennent. Néanmoins, il va falloir qu’Emmanuel Macron nomme un nouveau Premier ministre assez rapidement.
Pensez-vous que des coalitions soient possibles ? Ce n’est pas du tout la tradition en France…
En effet. Et les propositions programmatiques sont assez éloignées les unes des autres. Cela requiert sans aucun doute des jours, voire des semaines de tractations. Par ailleurs, en 2022, Emmanuel Macron avait indiqué que s’il devait y avoir des coalitions, ou en tout cas des rapprochements, ce serait à l’intérieur du champ défini par son programme à lui, sur lequel il avait été élu. Il y a donc la question de la taille et de la composition du périmètre d’une potentielle coalition.
On entend parfois parler d’un gouvernement d’experts qui serait un peu plus consensuel. Cela pourrait arriver à l’issue de discussions vaines, sans avoir trouvé de solution viable et représentative de ce qui est sorti des urnes ce 7 juillet. Mais on ne peut pas enjamber ce qu’il s’est passé et choisir directement un gouvernement technocratique. Le Premier ministre sera peut-être une personnalité issue de la gauche, qui soit une sorte de point intermédiaire ou de point médian. Beaucoup de députés de la coalition présidentielle doivent leur siège à des désistements. Il faudra tenir compte du résultat des élections. Il paraît très difficile qu’Emmanuel Macron continue de gouverner comme avant.
